LE SOSSOBALA

PATRIMOINE MONDIAL

Le SOSSOBALA a été élevé au rang de Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 2001.

Mais « qui » est Le SOSSOBALA ?

Au-delà d’être un instrument de musique, Le Sossobala est une Institution, un Personnage. Ce mythique balafon, enraciné dans plus de 8 siècles d’existence n’à point été l’œuvre de mains humaines, selon les griots dépositaires de l’histoire et de sa narration…

Avant d’appartenir au Patrimoine Mondial, Le Sossobala a d ‘abords appartenu au roi sorcier de Sosso, SOUMAORO KANTE, pour être ensuite dans les mains des vainqueurs de la bataille de Kirina en 1235, la Coalition  du Manden, sous la direction de SOUNDJATA KEITA, qui le renversa.

Sosso (pays des chevaux) a vu naitre Soumaoro Kanté, dont le pouvoir commença à la suite de l’obtention du mythique et mystérieux balafon.

Soumaoro vivait avec sa sœur cadette qu’il aimait et protégeait jalousement. Il aimait également faire des escapades en brousse les fins d’après-midis en jouant de son instrument « le kondi ». Une espèce de harpe à une corde.

En Afrique c’est connu, certaines personnes ont la capacité de disparaître, de se métamorphoser en tout autre chose, ou pouvoir se déplacer en un clin d’œil d’un point à un autre, séparé par une longue distance.

« Entendre » et « voir » ce que le commun des mortels ne voit ni n’entend.

Dans certaines contrées on les appelle « soumô » (les gens de la nuit) les sorciers. Soumaoro Kanté était de ceux-là.

Au cours de ses escapades en brousse jouant de son petit « kondi », lorsqu’il « tend » l’oreille, il « entend » souvent une mélodie qui se joue. Une mélodie qu’il n’a encore jamais entendue. Une mélodie qui berce beaucoup mieux que le son de son instrument à une corde.

Il se met alors à « traquer » ce son mélodieux, pour enfin découvrir ceux qui le jouent. DES DJINNS !

Il se lie d’amitié avec eux, partage des moments avec eux. Et tous les après-midis qui suivront, serons désormais consacrés aux nouveaux amis, qu’il fréquenta en secret pour les admirer jouer de cet instrument tout nouveau pour lui.

Complètement subjugué par ce balafon, il commença alors à nourrir l’espoir de l’acquérir. Il s’ouvre à ses nouveaux « amis » et leur demande le balafon. Naturellement les djinns déclinèrent et n’acceptèrent pas la demande.

Commence alors une cour assidue qui dura 9 ans au cours des quels Soumaoro Kanté n’a cessé de renouveler sa demande : Acquérir le mythique balafon.

Ce balafon n’est pas seulement un instrument de musique. Lorsque vous le possédez, vous avez le pouvoir suprême. Vous gagnez vos batailles, vous devenez invulnérable !

La sœur de Soumaoro qui n’était pas dupe, soupçonne son ainé de lui cacher quelque chose qui très certainement avait un lien avec la brousse. Puisqu’il s’y rendait tous les après-midis. Et comme elle ne pouvait avoir d’explication de la part de son frère, elle décida de désormais le suivre. L’espionner.

Et ce qui devait arriver, arriva !

Les djinns savaient que Soumaoro avait une sœur cadette qu’il protégeait jalousement. Pour calmer l’ardeur de sa demande incessante d’obtenir le balafon, les djinns décidèrent de lui proposer un deal qu’il ne peut accepter : Sa sœur cadette.

Naturellement Soumaoro refuse catégoriquement de céder sa sœur même au prix de ce balafon si puissant et tant convoité. Il ne savait pas que sa sœur avait mis en place une filature digne des Services Secrets. Celle-ci avait pris l’habitude de suivre chez ses « amis » et assistait à bonne distance à certaines de leurs rencontres, comme cette dernière où les djinns lui proposent de céder le balafon contre sa sœur. Voyant son frère refuser l’offre des djinns, elle sort de sa cachette et ordonne à son frère de prendre le balafon « nkoro, bala ta i wa ! » (Frère prend le balafon et va !)

Soumaoro est partagé entre prendre le balafon ou renoncer. Il reste indécis pendant de longues minutes, réfléchissant sur la conduite à tenir. Découvrant en même temps que naïve que semblait être sa sœur, celle-ci était au courant de ses fréquentations.

Soumaoro déclara alors à ses « amis » qu’il acceptait de céder sa sœur contre le balafon à une condition. Laquelle ? Que sa sœur soit épousée à l’issue d’un mariage en bonne et due forme. Les djinns acceptèrent cette condition. Elle épousa l’un d’eux, fît un enfant qui s’appellera FAKOLY et qui  deviendra plus tard le chef des armées de son oncle. Homme de petite taille, Fakoly était craint et redouté, car détenteur de pouvoirs surnaturels. Ne venait il pas d’un père non humain ?

Le balafon procura alors à Soumaoro tous les pouvoirs. Il agrandit le Sosso en annexant et en soumettant les autres rois de la contrée. Il fît construire une tour de sept étages pour y abriter le balafon sacré. Le 7e étage était aménagé uniquement pour le balafon. Personne n’avait le droit d’y accéder.

Il le jouait lui-même en faisant ses propres éloges. Il consulte le balafon lorsqu’il veut mener une campagne de conquête. Il pouvait désormais se métamorphoser, disparaitre, se transformer en vents forts et rappliquer en un clin d’œil auprès du balafon quel que soit la distance à laquelle l’alerte a sonné. Il pouvait reconnaitre parmi un essaim de mouches, celle qui s’est posé sur le balafon !

Il était invulnérable, et cela n’était un secret pour personne. Aucune arme ne pouvait mettre fin à sa vie. Exceptée une !

Autant dire que le personnage était hors du commun. Il devenait de plus en plus puissant, repoussant ses frontières à coup d’annexions et de razzias.

Il prenait une autre dimension avec sa redoutable armée et son chef des armées, son neveu Fakoly mi- humain mi- djinn. Tout baignait….

Tout le monde savait pour le balafon logé au 7e étage de la tour de soumaoro. Dans la confrérie des griots se dégage un homme, BALLA FASSEKE. Courageux et nourri par beaucoup de curiosité concernant le balafon. Il décide de satisfaire sa curiosité.

Déjouant tous les dispositifs de sécurité, Balla Fasséké réussit à monter jusqu’au balafon. Il s’installa et joua le balafon ! Soumaoro qui était à mille lieux « sentit » qu’une main étrangère avait touché à « son » balafon. Transformé en coup de vents, il revint à son balafon et apparu dans toute sa magnitude devant Balla Fasseke. Ce dernier sachant à quoi il s’exposait ne manqua pas de courage. « Qui t’a permis de toucher à ce balafon ? »

Au lieu de répondre, Balla Fasseke continua à jouer le balafon, tout en faisant les éloges du grand sorcier debout devant lui, le dominant de sa stature. Balla Fasseke continuait de plus belle à faire les éloges de soumaoro. Ce dernier sensible àce qu’il entendait se calma un peu et réalisa qu’il était plus grisant de se faire flatter que de se flatter soit même. Il admira le courage du griot. Sur le champ il décréta que désormais Balla Fasseke sera le joueur attitré de ce balafon, en l’inculquant le protocole entourant le mystérieux instrument.

Rien ne semblait désormais arrêter l’ascension de Soumaoro KANTE…

Dans le Manden, suite au retour de Soundjata Keita au bercail, on s’organise pour la bataille finale contre le Roi de Sosso. La coalition ainsi formée était bien consciente de la complexité de cette campagne ; vu que l’ennemi en face était invulnérable ! Il faut trouver la bonne stratégie pour espérer vaincre le redoutable sorcier.

Les signes de cette bonne stratégie viendront de la brouille entre Soumaoro et son neveu Fakoly qui, en définitive quittera son oncle pour rejoindre le camp adverse.

Une première importante perte pour Soumaoro. Et comment la brouille est-elle survenue entre Soumaoro et son neveu, chef de ses armées ?

Plus haut il est dit que Soumaoro, avant chacune de ses campagnes, il « consultait » le balafon qui lui indiquait les sacrifices à faire pour remporter la dite bataille. Il en fût ainsi pour cette autre campagne pour laquelle le sacrifice était de faire 100 plats de riz, à donner aux troupes avant le départ.

Soumaoro étant l’époux de 99 femmes, demanda à son neveu de faire venir sa femme pour qu’elle se joigne aux autres femmes pour faire 100. Chacune d’elles avait à faire un plat. Fakoly transmettra le message de son oncle à sa femme qui rejoint les autres femmes dans la cour royale.

Mais une fois sur place, elle fut complètement négligée par les autres femmes, plutôt occupées à dresser leurs marmites. La femme de Fakoly n’eut pas de place pour faire sa marmite.

Elle retourna donc chez elle pour y faire sa marmite. Fakoly s’étonna de voir revenir sa femme. « Que s’est-il passé ? » demanda Fakoly. «  J’y suis allé, mais personne n’a voulu me donner une place pour ma marmite… Elles m’ont plutôt négligé. » Répondit-elle. « Je vais faire mon plat ici » poursuit-elle.

Elle se  met à sa préparation… Et comme elle avait plusieurs « tours dans son sac », elle « influença » par science occulte les 99 autres marmites qui ne bouillèrent point, pour « sortir » de sa seule marmite les 100 plats demandés par Soumaoro !

Elle se rendit à la cour royale et présenta les 100 plats. Soumaoro est merveilleusement surpris par cette femme qui vient de faire preuve de bravoure et de sa connaissance des matières occultes.

Il réalisa que cette femme a pu damer le pion sur ses 99 femmes ! Cette femme mérite d’être dans la cour du roi. Il décide donc de la prendre et la garder au palais royal…

Fakoly tombe des nus. Il ne comprend pas l’attitude de son oncle. Lui prendre sa femme ! Il fera savoir son désaccord de laisser sa femme à son oncle. Rien n’y fit. Soumaoro garda la femme et Fakoly décida de le quitter et rejoindre… le camp adverse. Entre l’oncle et le neveu, une guerre était annoncée.

Il rejoint le camp de soundjata, où l’on continuait les préparatifs de la grande bataille, tout en cherchant  voies et moyens pour atteindre Soumaoro.

Le ralliement de Fakoly porta un coup d’accélérateur à ces préparatifs. L’invulnérabilité de Soumaoro était connue de tous, et confirmée par Fakoly.

Il faut lui faire dire son secret ! Comment ? Feindre d’engager des pourparlers de paix avec le grand sorcier par l’envoi d’émissaires. Pour matérialiser sa bonne volonté pour la paix, Soundjata donne en mariage sa jeune sœur au roi sorcier. En réalité, cette dernière en véritable « Mata Hari » avait pour mission de découvrir le secret de Soumaoro.

Naturellement la nouvelle épouse commença sa mission en évitant l’éveil de soupçons. Il était aussi évident que Soumaoro était sous le charme de sa nouvelle « baramousso » (la favorite). Il était séduit. Et une nuit dans le lit royal, il confia à sa douce épouse que rien ne pouvait porter atteinte à sa vie, excepté une arme (une flèche par exemple) au bout de laquelle on aurait fixé l’ergot d’un coq blanc. Cette seule arme ainsi confectionnée, pouvait mettre un terme à sa vie.

Aupetit matin Soumaoro constate qu’il est seul dans le lit conjugal. Aucune trace de sa douce et bien aimé épouse sœur de Soundjata. Elle réussit à s’enfuir avec le grand secret qu’elle apporta à son frère !

Le reste devint possible… Sans plus tarder la bataille de Kirina pouvait avoir lieu. La flèche meurtrière fut préparée, confié à un franc-tireur, qui ne rata pas sa cible. En plein champ de bataille, Soumaoro est touché. Dans un cri Soumaoro s’enfuit au galop pour disparaitre dans des falaises.

Soundjata et ses troupes trouvèrent Balla Fasseke dans la cour royale.

SOUNDJATA – Où se trouve ce que « ton grand frère » t’a confié ?

BALLAFASSEKE – Il se trouve ici… Mais personne ne doit y aller au risque de  sa vie !

SOUNDJATA – Alors indique-nous ce qu’il faut pour le prendre.

BALLA FASSEKE – Il vous faut immoler une bête…. Versé le sang…

Ce qui fut fait. Les vainqueurs eurent accès au balafon. Soundjata décréta alors : « Balla Fasseke c’est toi qui gérait ce balafon… A mon tour je te le confie. Si hier tu le jouais pour un seul homme, désormais tu le joueras chaque fois qu’un de nous est présent. C’est dire l’autorité, le commandement.

Depuis cette date le Sossobala est gardé par Balla Fasséké et sa descendance. Les Kouyaté de Niagassola (137 km au nord de Siguiri ville), la famille DOKALA ; Le balafon y est. Et l’UNESCO projette la construction d’un musée abri pour le balafon, et le développement de son espace culturel.

 

Aliou Ndoy BAH                                                                                               

Rédacteur en Chef                                                                                

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