LES CHIMPAZES DE BOSSOU

A BOSSOU, petit village dans le paysage des monts Nimba, tout au sud de la Guinée, dans la Préfecture de LOLA, vit une étonnante communauté de Chimpanzés, également classés, comme LE SOSSOBALA, Patrimoine Mondial de l’UNESCO, d’où l’intérêt d’y implanter un Institut de Recherche en Primatologie.

Les chimpanzés de Bossou sont bien différents des autres chimpanzés du monde ! L’organisation de leur vie, très proche des humains parait pour très surprenant pour un novice. A Bossou, on entend souvent dire : « …ce sont nos arrières grands parents… » A prendre au propre comme au figuré…

L’histoire de cette communauté de chimpanzés remonte il y a quelques siècles, à la période des guerres tribales, les razzias… Les villages sans défense, sans bras valides tombaient facilement.

Bossou avait ses bras valides qui assuraient sa protection d’une bien particulière manière ! En livrant d’incessantes batailles contre des envahisseurs. Quelle est donc cette particularité qu’avaient les bras valides de Bossou ?

Ces hommes et ces femmes étaient dotés de pouvoirs surnaturels les permettant de se transformer en chimpanzés, donc devenant physiquement forts, et livrer des batailles qu’ils rempotaient toujours. Au retour, re métamorphose pour redevenir humains en usant de décoctions et autres rituels codés…

Il en a été comme cela pendant de longues périodes où les combattants à chaque occasion se transformaient en chimpanzés, combattaient l’ennemi, et après redevenaient humains… Et un jour au retour des chimpanzés d’une de ces batailles, le retour à la forme humaine n’eut pas lieu !… Une erreur a été commise pendant le rituel, et toute autre tentative n’y fit rien !

Ils restèrent donc chimpanzés, mais n’abandonnèrent pour autant le village. Ils s’installèrent juste dans la montagne qui surplombe le village comme une espèce de voute protecteur, et continuèrent leur rôle de défense et de protection du village.

Et depuis, une relation, également particulière s’établit entre le village et la communauté de chimpanzés…

Dans le Royaume de Bossou, la vie y était bien organisée. Les taches et les fonctions reparties par famille. Outre la famille régnante (les Doré) qui se succède au commandement, d’autres en charge de la défense fournissait les bras valides. Tandis qu’une autre famille était chargée des Relations avec les esprits. Recevoir des messages codés, les décodés et les transmettre. Le village de Bossou et la montagne restèrent  l’environnement des chimpanzés. Les populations sont familières à cette communauté, toujours considérée comme étant des arrières grands parents. Leur bruit dans la montagne est nettement perceptible, et fait partie de la vie de tous les jours.

Ils sont toujours dans les environs du village, récupérer les vivres déposés à leur intention à des endroits précis, comme les croisements ou des arrières cours. Il n’est pas rare de voir des régimes de bananes accrochés à la clôture des cours, que les chimpanzés peuvent venir récupérer sans problème. Ou trouver à des croisements des paniers remplis d’ananas.

Ceux qui travaillent la terre ont une pensée pour les chimpanzés. C’est pourquoi à chaque récolte, ils leur réservent une part. Celui qui cultive et « oublie » de leur réserver quelque chose, aura fait preuve d’être radin. Par conséquent la prochaine récolte n’aura pas lieu, car le champ de cette personne sera saccagé par les chimpanzés à l’approche de la récolte… Les notables du village ont eu tout le mal à le faire comprendre aux Libériens qui s’y étaient installés suite à la guerre civile dans leur pays, auxquels on avait octroyé des terres à cultivé.

Ainsi en cultivant, ils « oubliaient » souvent de réserver quelque chose pour les chimpanzés, et leurs champs étaient toujours saccagés à l’approche des récoltes. Ces chimpanzés n’aiment pas les radins !

Lorsqu’un malheur ou un bonheur devrait survenir, ils « avertissent ». Quand c’est un malheur qui doit frapper le village, les chimpanzés émettent des « pleurs » à la nuit tombée. Et lorsque vous percevez « « les pleurs » de plusieurs, le malheur à venir concernera tout le village. Cela peut-être le manque de pluie, des inondations ou toute autre calamité. Et on entend un seul « pleurer » pendant longtemps, une notabilité du village devrait décéder.

Quand il s’agit de bonheur qui se pointe, les chimpanzés l’annoncent par des applaudissements. Quand le bonheur annoncé est lointain, on entend un seul applaudir. Et quand c’est imminent, ils applaudissent à plusieurs.

Les chimpanzés restent donc fidèles à leur mission de prendre « soin » du village.

Au début de chaque année, entre janvier et février, les fils et les filles de Bossou se retrouve à Bossou pour commémorer les chimpanzés en une gigantesque fête qui s’étendre sur plusieurs jours. Au jour indiqué pour le sacrifice, tout le village se transporte sur la montagne pour toute la journée. On y prépare un grand festin et l’exécution des rituels. Aucune nourriture ne retourner au village.

Ceci pour perpétuer cette relation dont le village tire les avantages depuis bien longtemps, et continu jusqu’à nos jours.

La particularité de cette communauté de chimpanzés, a également suscité l’intérêt des scientifiques. L’UNESCO, le gouvernement Guinéen et l’Université de Primatologie de Kyoto (Japon) y ont établi un Institut de Recherche en primatologie, animé par des primatologues de haut niveau.

De par le monde les étudiants en primatologie, passent souvent à Bossou dans le cadre de leur étude ou de recherche.

Cette étude repose sur des éléments comme l’observation qui consiste à suivre les chimpanzés pendant tout leur pérégrination journalière jusqu’au crépuscule, où ils font halte pour la nuit.

Premier constat, ils ne sont pas violents avec les personnes, mais peuvent l’être si par exemple on enfreint à une règle dans notre attitude en leur compagnie. Vous pouvez les filmer à 2 mètres ! Sans problème. Pour les photographes ne pas faire voir les objectifs longs, synonymes de fusil.

Lorsqu’ils font un arrêt, ne restez pas debout. Asseyez-vous et communiquez entre vous par signes ou à l’aide d’une ardoise. Parlez à haute voix peut les irriter !

Suivre les chimpanzés à travers la montagne revient à être une randonnée très particulière et très physique.

A 5 heures du matin, chercheurs, étudiants, documentalistes ou autres indépendants, sont débout et rassemblés dans la cour principale pour un briefing avant le départ, avec le principal responsable de l’Institut, un japonais professeur en primatologie que tout le monde avait l’affectueuse habitude de l’appeler « Le Général Kyoto », tellement sa communication était presque à la militaire. Donner des instructions en vous passant en revue !

Chacun tenant son « outil ». Un carnet pour certains, des appareils photo (sans focales longs) des enregistreurs de sons, des caméras…

Ensuite direction à l’endroit repéré où les chimpanzés ont passé la nuit de la veille. On y est vers 6 heures. On assiste à la descente des chimpanzés des arbres, et la journée commence !

Les chimpanzés sont familiers à cette horde de personnes qui les prend en filature dès l’aube jusqu’au crépuscule.

Dans la communauté il y a le groupe des plus âgés, celui des femelles et des males et les petits. Ils sont répertoriés. Une carte d’identité pour chaque chimpanzé. Nom, âge, sexe, « situation matrimoniale »… Certains vivent en couple avec des petits. La hiérarchisation y est respectée et une « morale » observée. Les mâles ou les femelles ne pourront vivre avec celles ou ceux considérés comme « sœur », « tante », « frère », « oncle » !

L’alimentation est essentiellement composée de différents fruits tout au long de la journée. Les chemins qui conduisent à ces fruits sont compliqués et tortueux. Tant tôt vous montez, tant tôt vous descendez pour remonter et redescendre. Et toute la journée d’incessants allers retours entre le haut et le bas. Un véritable sport qui met à rude épreuve les biceps.

A la mi-journée, c’est le temps de repos pour les chimpanzés. Comme pour dire c’est l’heure  du dessert et de la sieste. Si les males sont assignés à certaines tâches, le dessert constitué de noix de palmiste, est servi par les femelles après l’avoir écrasé sur des pierres qu’eux même ont disposées. Cela se déroule sur un plateau en hauteur, où l’espace est aménagé pour permettre aux males de se reposer sur des « hamacs » de branches, et les petits gambadant ça et là, pendant que les femelles écrasent la noix de palmiste.

Autour de cet espace, l’Institut à installer une espèce de palissade pour permettre aux chercheurs d’observer, aux photographes et caméras de faire des images sans perturber l’ambiance.

Et là en les observant, l’idée selon laquelle ces chimpanzés ont été humains par le passé, vous semble réaliste. Tant les gestes, les tics et réactions sont proches des humains.

Lorsqu’un d’eux arrivait à mourir, il est enterré comme le ferai les humains. Une tombe creusée et recouverte après enterrement. S’il avait une compagne, celle sera à un tiers, et non un membre proche. Idem pour les males dont les compagnes meurent.

Après le temps du repos et des palmistes, la pérégrination reprend vers des directions aussi compliquées les unes que les autres. Il arrive que les chimpanzés vous entrainent loin vers la zone des monts Nimba, à la recherche d’un fruit sauvage dont ils raffolent. Quand arrive la période de ce fruit très prisé, les chimpanzés ont tendance à quasi déménager. Cela peut perturber les études en cours. Pour corriger et empêcher les chimpanzés de déménager, l’UNESCO a reboisé de ce fruit, tout le corridor qu’empruntaient les chimpanzés pour chercher le dit fruit, en les éloignant de leur environnement. Aujourd’hui le corridor est rempli de ce fruit et les études ne sont plus perturbées par les escapades du passé.

Cette communauté de chimpanzés vit toujours à Bossou. Village qui continu à la célébrer tous les débuts d’année, et le monde scientifique qui continu de croire que cette communauté de chimpanzés n’est autre chose qu’un don de la nature.

 

Aliou Ndoy BAH                                                                                                                  Rédacteur en Chef                                                                               

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