LES PAS DE L’ESCLAVE

F A R E N Y A

DOSSIER : PATRRIMOINE HISTORIQUE

 

SUR LES PAS DE L’ESCLAVE… !

Sur les pas de l’esclave est avant tout un projet de film documentaire initié par AGUITOURS, dont la production se fera en 2017, avec un double objectif, celui  s’inscrivant dans la dynamique de promotion du Tourisme National, de créer de nouveaux circuits touristiques comme par exemple LES ROUTES DE L’ESCLAVE dans la région côtière de la Guinée ; et celui par devoir de mémoire, d’informer et de témoigner pour la Guinée et le reste du monde, mais surtout pour la diaspora issue de cette traite négrière.

A partir de documents existants et des recherches, nous ferons un survol de cette époque avec en toile de fond l’apparition sur la scène d’une figure emblématique  qui marquera l’histoire de cette zone côtière.

LA SEGNORA ELISABETH BAILEY GOMEZ qui deviendra  dans la prononciation locale GNARA BELLI. Gnara pour Ségnora  et Belli pour Baley. Elle naquit en 1790 à Bakia où son père était déjà Chef aristocrate.

La traite négrière qui a commencé au XVIème Siècle se poursuivra jusqu’au début du XIXème siècle dans le littoral Atlantique Ouest Africain. Certains lieux sur ces côtes ont été le théâtre de cette activité qui a vu partir pour ne plus revenir, des millions d’africains vers les Amériques.

Dans la région côtière de la Guinée, Farenya fût l’épicentre de cette traite qui connut un engouement et développement jusqu’au début du XIXème Siècle pour voir les premières mesures abolitionnistes pilotées par l’Angleterre, les USA, le Danemark qui était à l’époque des puissances sur les mers et les océans.

Outre le port de Porto Segoulo sur les côtes du Benin et l’Île de Gorée au Sénégal, Farenya a aussi vu partir plusieurs milliers d’esclaves.

 

Tout commence donc vers le XVIème Siècle…

 

Avec l’arrivée des premiers portugais traitants et l’implantation des premiers comptoirs ; on assiste dès lors à la naissance d’une population fortement métissée par le brassage des nouveaux venus et les populations  locales par des mariages, concubinages et autres… Un métissage biologique et culturel. Ceci  a logiquement engendré un impact  palpable sur la politique socio-économique de la région.  Les Royaumes négriers, les Chefferies brigandes militairement organisés et équipés pour la capture d’esclaves, les razzias et autres exactions.

L’animation des réseaux mis en place dépendait en amont de tout un ensemble de routes, qui partaient du Foutah Djallon  et du pays Manding  vers les côtes, jusqu’à Farenya dans l’estuaire de Bambaya.

Le parcours tout au long de ces routes prenait plusieurs semaines voire plusieurs mois. Sur le parcours, des haltes, des lieux de repos, sortes de caravansérails …

A l’arrivée sur les côtes, les esclaves sont parqués dans des centres de tri en vue du marché, après avoir reçu des traitements, surtout occultes ; puis dans  les Centres de départ vers Gorée, ensuite vers les Caraïbes, Cuba ou la Caroline du Sud.

C’est dans ce contexte que la figure de la SEGNORA ELISABETH BAILEY GOMEZ va apparaître et dominer régulièrement la scène politique, économique et sociale de l’ARAPONGO, petit territoire au bord de l’Atlantique entre les zones portugaises, actuelle Guinée Bissau et la Sierra Léone Britannique.

La SEGNORA ELISABETH BAILEY GOMEZ est originaire de l’aristocratie métisse de Bakia. Son père Emmanuel GOMEZ, Chef de Bakia, est lui-même métisse de la première génération d’un traitant portugais et d’une femme soussou. D’une beauté rare, et physiquement désirable, GNARA BELLI fortement impliquée dans la traite des esclaves, était dotée d’une puissance occulte très forte, un sens politique jamais vu chez une femme à l’époque dans la Culture locale.

En 1803, elle épouse le Capitaine Edouard LAIBURN. En femme d’affaires et de pouvoir, elle choisit Farenya en 1809  pour s’établir  avec son mari pour y régner, prospérer et fonder une dynastie pour la suite de sa vie. Avec son mari, elle s’associe à l’un des plus grands traitant à l’époque dans le Rio Pongo, John Orland JUNIOR, un métisse de la première génération, fils et héritier d’un père anglais de Liverpool qui y avait érigé le plus grand comptoir de traite des esclaves.

Ensemble ils vont bâtir une affaire prospère fondée sur la répartition des tâches entre les comptoirs de la Caroline du Sud et la femme d’affaires, issue de l’aristocratie locale  et disposant d’un réseau d’alliances fort.

Donner à Farenya un rayonnement  sans égale  dans le Rio Pongo.

De par sa position géographique Farenya  se prête merveilleusement à la traite des esclaves.

De son petit port, il y avait de possibilités de transporter en toute discrétion dans des barques jusqu’à l’embarcadère de Bangala pour rejoindre les grands bateaux au large.

Dès 1812, la guerre entre les USA et l’Angleterre va avoir de répercussions sur les affaires de Nyara BELLI. Les premières mesures abolitionnistes font jour. Le Capitaine EDOUARD laisse la direction des opérations à Farenya à Nyara GBELLI, pendant que lui s’occupait du convoiement des esclaves vers la Caroline du Sud.

Avec les patrouilles anglaises sur les côtes, la cadence va se réduire considérablement. Dans le monde à cette époque, il y avait beaucoup d’antagonismes. Entre les Chefferies locales et l’Aristocratie négrière, les conquêtes de l’Almamy du Foutah, la guerre entre l’Angleterre et les USA, les sociétés et missions évangéliques, les nouveaux intérêts français dans la région.

NIARA BELLI va alors  se pencher sur la survie de son pouvoir en tirant un profit politique qui découlait des différents théâtres de conflits  du moment ; se faire reconnaitre comme reine en renforçant ses relations avec les Almamys du Foutah et les Rois du Manding pourvoyeurs d’esclaves.

Les mesures abolitionnistes ne l’arrêtent pourtant pas. Elle recrute et équipe des jeunes gens forts, de matériaux modernes que son mari importe depuis la Caroline, pour sécuriser les convoiements d’esclaves, les Factories et autres activités. Elle affranchit Farenya de l’autorité de Sakhabadé et battit avec faste un palais à l’allure d’une forteresse.

A la tête d’une armée, elle soumettra tous les Chefs traditionnels pour fonder un grand Royaume et continuer la traite en dépit des mesures abolitionnistes. Aidée en cela par la France qui n’avait pas encore rejoint les autres puissances dans ces mesures. Elle combinera ce commerce illégal avec celui légal du café, de l’huile de palme et de l’arachide…

NB : Dans le prochain numéro, nous parlerons des dernières années de la SEGNORA ELISABETH BAILEY GOMEZ jusqu’à sa mort à Farenya où se trouve encore les restes de sa tombe et les vestiges de son palais.

Aliou Ndoy BAH                                                                                                                                      Rédacteur en Chef                                                                                

AGUITOURS

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